Trouvailles
et découvertes
En vrac, mes lectures, mes réflexions, faisant suite à mon dernier livre, DEMAIN, et telles qu’elles feront peut-être l’objet du prochain…
Lecture
Sébastien ABAD et Deborah NOURRIT
Qu’est-ce que la « médecine de la complexité »
Bulletin de l’UNESCO, Chaire complexité, n°24, décembre 2025.


Le Monde et la Terre
Une lecture du livre de Dispesh Chacrabarty, Après le changement climatique, penser l’histoire, tr. fr. Gallimard, 2022, 398 pages.
Le livre de Dispesh Chacrabarty, professeur indien établi à Chicago, est de ceux qui ne laissent pas indifférent. Le propos en est le suivant : l’histoire de l’Humanité, ou des Humanités, si l’on tient compte de sa diversité, a été écrite, jusqu’à présent, sur un fond fixe qui était constitué par son support terrestre. Il se trouve que ce support a cessé d’être fixe et qu’il réagit à l’agir humain de telle sorte que l’avenir de l’espèce humaine se trouve aujourd’hui compromis. C’est donc la matière même de l’histoire, en tant que discipline, qui demande à être reconsidérée. Et cette relecture conduit au questionnement suivant : comment se fait-il que l’Humanité, en tant que réalité politique, ne réagisse pas davantage à un constat pourtant solidement établi sur le plan scientifique ?
Pour répondre à cette question, l’auteur distingue deux ordres de la réalité : il y a le Monde, lieu de la globalisation, dans lequel nous menons notre vie de tous les jours, dans la continuité d’un certain devenir historique anthropocentré, aujourd’hui largement fondé sur l’économie capitaliste ; et il y a la Planète, qui vit sa vie propre et qui a sa propre histoire et pour laquelle la présence de l’Humanité ne représentait jusqu’à il y a peu encore qu’une dimension parmi d’autres. La « mondialisation » contemporaine intervient dans le cours de l’histoire de l’Humanité ; mais il se trouve que ses conséquences, notamment climatiques, affectent désormais la Planète elle-même. C’est ainsi que l’on en est venu à affirmer qu’il y a eu passage de l’holocène et de sa longue stabilité climatique à l’anthropocène (ou « capitalocène », ainsi que s’expriment certains auteurs) et aux dérèglements issus de l’activité humaine.
Il y a donc interférence entre deux temporalités différentes ; le temps de l’histoire humaine se mesure en millénaires, au plus en quelques dizaines de millénaires ; le temps de la planète se mesure, lui, en millions d’années. Le temps court de l’Humanité a des conséquences sur le temps long de la Planète. Il importerait donc de considérer l’action humaine sur ce temps long, mais l’Humanité en est bien incapable dans la mesure où il est incommensurable par rapport à son entendement. Il en résulte que l’action politique, dont l’horizon n’excède jamais quelques années, est incapable de le prendre en compte.
A cela s’ajoute un problème interne à l’Humanité. L’auteur, dont les premiers travaux ont porté sur la décolonisation, ceci dans une optique marxiste, souligne à juste titre que l’Humanité n’est pas homogène. Les pays européens ont investi l’ensemble du globe et y ont imposé leur vision du monde. Les pays ainsi colonisés ont depuis lors accédé à leur indépendance, espérant ainsi « rattraper » les pays occidentaux. Il s’agit moins pour eux de revenir à leurs traditions d’origine que d’accéder aux avantages que leur laisse espérer le « développement économique ». Et même si la capacité de la Planète ne le permet pas, ils considèrent qu’il n’y a aucune raison pour qu’ils soient privés des avantages du « progrès » venu de l’Occident et que leur rôle soit limité à en subir les conséquences désastreuses. Sauver la planète, agir pour le climat, oui, mais que la charge en revienne d’abord à ceux qui sont à l’origine du désastre.
La démonstration du Pr. Chakrabarty est parfaitement rigoureuse et se fonde sur les meilleures sources, notamment sur une lecture attentive de Bruno Latour. Elle rejoint les préoccupations que j’ai moi-même tenté d’exprimer dans mes deux derniers livres, dont celui à paraître prochainement sous le titre Demain. Cette lecture m’aura beaucoup appris, notamment sur le plan méthodologique. Et pourtant, je ne saurais adhérer totalement à sa problématique. Il me semble en effet que l’auteur, tout en critiquant la mondialisation en raison de ses effets délétères sur la Planète, reste largement prisonnier d’une vision du monde qui est celle qui résulte de l’emprise occidentale sur la Planète. Quand il évoque le cas de l’Inde, son pays d’origine, c’est pour évoquer sa modernisation, avec Nehru, plus que pour évoquer ce que pourrait être un retour à ses principes civilisationnels d’origine, comme l’espérait Gandhi.
Mais ce n’est pas tout. A la vision du monde occidentale, Chakrabarty empreinte la démarche scientifique, et il entend s’y tenir très strictement. Mais ce qu’il néglige ainsi, c’est qu’il peut y avoir d’autres façons de comprendre le monde que celle qui nous vient de Roger Bacon, de Galilée et de Newton. Il n’accorde qu’une attention distraite aux « humanités » et à la poésie, restant ainsi involontairement prisonnier d’une vision du monde occidentale qui est celle, précisément qui a conduit la Planète à l’état où elle se trouve aujourd’hui.
Et donc, tout en rendant hommage à Dipesh Chakrabarty pour avoir si bien distingué le temps du Monde et le temps de la Planète ainsi que les conséquences qui résultent de leur interférence contemporaine, il me semble qu’il importe de souligner ses limites. Il a incontestablement raison de faire intervenir la dimension politique de la question. En revanche, il me semble regrettable qu’il n’ait pas su équilibrer son recours à la démarche scientifique en se tournant vers d’autres dimensions de l’Être, quel que soit le nom qu’on leur donne – savoirs traditionnels, poésie ou spiritualité. C’est peut-être en effet à partir de ces autres démarches qu’il aurait été possible de déconstruire le cercle vicieux dans lequel s’est enfermée cette partie de l’Humanité qui impose son pouvoir au Monde, avec les effets que l’on sait sur la Planète.
Malgré ces réserves, un excellent livre, truffé de références à de nombreux auteurs, qu’il s’agisse de philosophes (Carl Schmitt, Hannah Arendt, Isabelle Stengers, Jacques Derrida, Martin Heidegger, Hans Jonas, Karl Jaspers, Jacques Lacan) ou de chercheurs qui se sont intéressés aux rapports entre l’humain et la planète (Clive Hamilton, Donna Haraway, James Lovelock, Jean-Baptiste Fressoz, entre autres), sans compter Rabindranath Tagore, et qui ouvre sur des réflexions fondamentales…
Hubert Landier

Créer son propre libre arbitre en explorant le monde
Le libre arbitre existe-t-il ou non ? Question longuement débattue par la philosophie occidentale. Le piège, bien entendu, serait de répondre de façon binaire, par oui ou par non. La réponse ferait alors appel à une explication qui serait soit de l’ordre de l’objectivité, et donc de la science positiviste, soit de l’ordre de la subjectivité, et donc de l’idéalisme.
Un biologiste contemporain dont j’ai oublié le nom explique que le déterminisme est une réalité du plus petit niveau de la physique aux plus hauts sommets de l’esprit, en passant par la neurobiologie. Laplace revu et corrigé. Je veux bien le croire, mais qu’est-ce que le déterminisme au niveau de la particule quantique ? Même problème au niveau neurobiologique : la couleur est-elle un effet de ce que sont les choses, là, devant mon œil, ou une idée que je m’en fais, indépendamment de ce qu’elles sont en soi ? Le philosophe Claude Romano y a récemment consacré un ouvrage (De la couleur, Gallimard, 2020), opposant « objectivité » et « subjectivité » de la couleur. Il échappe au dualisme en évoquant une approche « écologique » : la couleur venue des objets qui l’entourent constitue un signal utile à la vie de l’animal. L’environnement et l’animal ne sont qu’une seule et même entité, et elle est indissociable.
Pour revenir au libre arbitre, je suis tenté de laisser là la philosophie analytique et de me tourner vers la phénoménologie. Suis-je, tel que je suis aujourd’hui, le produit des déterminismes que j’ai dû subir depuis l’enfance ? Je suis tenté de répondre qu’il n’en est rien - ou alors ma vie n’a aucun sens. Bien sûr, j’ai été influencé par mon entourage, j’ai suivi aveuglément des préceptes qui m’étaient imposés comme autant d’évidences et j’ai été immergé dans un bain culturel dont je ne me suis que partiellement échappé. J’ai réussi, avec effort, à me débarrasser de certains de ces préjugés, mais il m’en reste certainement un grand nombre, dont j’ai ou je n’ai pas conscience. Encore y aurai-je été aidé par ce que certains de mes proches appelaient mon « esprit de contradiction ». Mais peut-être celui-ci relève-t-il lui-même d’un déterminisme qui m’animerait à mon insu. Je crains qu’à raisonner ainsi, l’on n’aboutisse à une régression à l’infini.
Peut-être alors est-il possible d’affirmer que le libre arbitre est une qualité du sujet qui se conquiert et qui disparaît lorsque s’arrête le cheminement qui nous anime. L’interrogation se transforme alors en certitude, la certitude en préjugé, et nous cessons alors d’être un sujet pour n’être plus que l’objet de nos habitudes. Mon libre arbitre, si j’en ai un, consiste à dire « non » à ce que l’on voudrait me faire dire, me faire oublier ou me faire faire. Mais je suis loin de penser que je dis toujours « non » ou que « ça » dit « non » en moi. Le libre arbitre consisterait ainsi en une exploration de ce qui ne peut se dire ou qui ne peut se penser selon les mots du village. Il serait le produit de choix successifs et qui n’appartiennent qu’à moi et à mon histoire personnelle, consciente et inconsciente. Arrêt de l’exploration, absence de choix assumés, disparition du libre arbitre. Nul doute que ce soit le cas d’un grand nombre des habitants du village.
Le libre arbitre, ainsi entendu comme une avancée vers l’Être, est comme la rose de Silésius. Il est d’un autre niveau de réalité que ce que nous dit le discours rationaliste : il n’a ni cause ni pourquoi. Il est inutile de rechercher son fondement. Il est, et c’est tout.
5 août 2026

Claude Romano : la couleur comme phénomène
J’aurai découvert que la couleur est quelque chose d’extrêmement compliqué, qui mobilise aussi bien la logique de Wittgenstein que la physique quantique et la psychologie de la forme.
Donc, si j’ai bien compris, deux théories s’affrontent. Pour les uns la couleur est une propriété de l’objet qui relève de la physique, pour les autres, il s’agit d’une perception par l’œil humain et qui présente par conséquent un caractère subjectif. Voilà donc, en gros, la teneur du débat.
A quoi Romano répond que la couleur relève du monde de la vie, qui ce—se trouve en-deçà de l’analyse que nous en faisons à travers une approche dualiste, fondée soit sur l’idée d’objectivité, soit sur l’idée de subjectivité. E tje retiens ici ce qu’il retient de Husserl et de la phénoménologie :
« La notion de monde de la vie ne peut pas être approchée à partir des dichotomies sujet/objet, subjectivisme/objectivisme, naturalisme/transcendantalisme, elle en permet bien plutôt le dépassement. L’idée géniale de Husserl est réside dans le complet renversement de perspective par rapport au cadre métaphysique de la science classique, à la conception de la nature issue de la révolution galiléenne et newtonienne : ce n’est pas le monde apparaissant qui est une interface entre un « monde en soi » physique et un sujet ; c’est inversement le monde objectif de la physique qui est une construction idéale, le produit d’une série de passages à la limite et d’idéalisations opérées sur le monde de la vie.(…). Il faut inverser la perspective et penser l’objectivité scientifique à partir du monde de la vie, primordial et indéracinable » (pp. 306 et 307.
Et de citer Merleau-Ponty :
« La sensation telle que nous la livre l’expérience n’est plus une matière indifférente et un moment abstrait, mais une n-de nos surfaces de contact avec l’être » (p. 308).
L’être, au-delà de la conceptualisation que s’en donne l’Occident…
(Claude Romano, De la couleur, Gallimard, col. Folio, 2020)

17 août 2026
Lacan : l’être n’est pas là où on le cherche
Lacan est peut-être un psychanalyste, mais je découvre que c’est d’abord un philosophe.
De son séminaire au livre XI (Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Le Seuil essais, 2014, p.54.), je retiens pour l’instant ceci : « le lieu complet, total, du réseau des signifiants, c’est-à-dire le sujet, là où c’était toujours, (est) le rêve ". Et il ajoute : « peut-être la voix des dieux se fait-elle entendre, mais il y a longtemps qu’on a rendu, à leur endroit, nos oreilles à leur état originel – chacun sait qu’elles sont faites pour ne rien entendre ». Et de conclure : « les dieux sont du champ du réel ».
Sous son maniérisme, la surprise est pour moi totale : le sujet ne se limite pas à l’être pensant de l’homme éveillé. Il s’agit d’abord de toute cette structure inconsciente qui revit le trauma initial, qui se vit à travers le rêve, et qui parfois, mais parfois seulement, parvient à la conscience. Et donc, le sujet conscient, à la recherche de lui-même, doit plonger en cette masse et s’accorder avec elle afin de retrouver son unité.
Un peu plus loin, Lacan commente ainsi le célèbre passage où Tchouang Tseu se demande s’il est un papillon qui rêve qu’il est Tchouang Tseu ou Tchouang Tseu qui a rêvé qu’il était un papillon. C’est dans le papillon qu’il a rêvé qu’il était, voletant deçi delà au milieu des couleurs et des formes, que se trouve, selon Lacan, le sujet qu’est Tchouang Tseu, non dans le personnage éveillé tel qu’il vit sous le regard de « on » (Heidegger). Le sujet se tient dans cet au-dedans, qui échappe à la conscience et ne s’en échappe que par le rêve, que viennent ensuite trahir les mots.
Cela tombe bien : j’aime dormir, je laisse se prolonger mes rêves dans ma vie éveillée et j’y fais la découverte de dimensions de mon être que ma conscience ignorait.

Mardi 18 août 26
« Ma parole est libre »
C’était le titre d’une chanson d’une jeune chanteuse tunisienne, qui était toujours à la tête des manifs lors du « printemps arabe » et que j’avais découvert, un soir de fête de la musique, à Tunis, avenue Habib Bourguiba, montée sur une estrade dressée devant l’opéra et chantant devant une joyeuse foule d’étudiants. Je venais d’arriver en Tunisie pour un colloque. En France, on parlait d’émeutes dans les rues de Tunis et on m’avait conseillé de ne pas me rendre à l’invitation. Naturellement, je m’y étais rendu.
C’est donc à cette chanteuse tunisienne que j’emprunte mon titre.
Il est de plus en plus difficile, en France, de s’exprimer librement dès lors que l’on tient un discours différent de celui que souhaite le gouvernement. S’agissant du conflit entre l’OTAN et la Russie, affirmer que ce sont les États Unis qui sont à l’origine de la « révolution » de la place Maïdan en 2014, puis de la nécessité où s’est trouvée la Russie de réagir en 2022, vous condamne à être qualifié de « pro-Poutine » ou de pro-Russe sans que vos arguments soient même examinés. C’est d’autant plus frustrant que les faits sont abondamment documentés, même s’ils peuvent faire l’objet d’interprétations différentes selon les observateurs.
Et donc, les Européens sont empêchés par exemple de pouvoir consulter Russia Today, l’Union européenne considérant qu’il s’agit d’une chaîne de propagande. Les quelques chaînes YouTube qui, en France, critiquent ouvertement la posture gouvernementale (Omerta, TVL, notamment) voient leurs comptes bancaires fermés sans explication. Le Colonel Jacques Baud, citoyen suisse, ancien du renseignement stratégique suisse et dont les ouvrages sur la guerre en Ukraine font autorité, est administrativement sanctionné par l’Union européenne, interdit de déplacement et ses comptes saisis. Une ancienne journaliste de RT embauchée par C News voit son autorisation de séjour en France non renouvelée. On pourrait multiplier les exemples et, silencieusement, l’appareil de censure se met en place. Le fait d’affirmer que l’Ukraine va perdre, quelles que soient l’aide occidentale et les sanctions contre la Russie, est un motif pour chercher à vous isoler. Il n’y a pas de discussion possible.
Ceux-là, qui vous condamnent ainsi a priori, sont souvent sincères. Simplement, ils n’ont pas été chercher l’information ailleurs que dans les médias mainstream, de sorte que l’existence même des chaînes étrangères et des experts les plus réputés sur le plan international, quelle que soit leur nationalité, leur est inconnue. Inutile d’insister. Il faut donc être prudent lorsque l’on s’exprime. Dans les réunions familiales, dans les cercles professionnels, associatifs, voire amicaux, mieux vaut se taire. Oui, mais n’est-ce pas ainsi, tranquillement, que s’installe un totalitarisme que dissimulent les vieux oripeaux de la démocratie ? Je pense aux années trente en Allemagne. N’est-ce pas ainsi, tranquillement, que s’est installé le national-socialisme ? C’est implicitement la thèse de Chapoutot dans son dernier livre, Les irresponsables (Gallimard, 2025) ?
Demeurer indépendant. Conserver l’esprit critique (alors que disparaissent les repères stables qui orientaient le jugement). C’est peut-être une raison d’être de ce blog. Il y a des choses que je ne peux pas dire dans les associations à la vie desquelles je participe mais qui doivent l’être. Sur ce site, je suis chez moi. N’y viendront que ceux qui s’intéressent à ce que j’y traite ou que j’aurai invité. Pour le reste, basta !

Dimanche 23 août 2026
L’audit social et la psychanalyse
La psychanalyse éclaire fortement le rôle de l’intervenant au cours d’un audit social et, sans doute aussi à l »’occasion de la médiation.
L’auditeur, donc, est sollicité par un client, qui peut être un dirigeant d’entreprise, un DRH ou un représentant du personnel. Quelqu’un, en tout cas, qui est personnellement impliqué dans la situation qu’il va décrire à sa façon lors de la première rencontre avec l’auditeur.
Il va dire, en gros, que si tout va mal, c’est à cause de ses interlocuteurs, qui sont selon lui « agressifs, malhonnêtes, assoiffés de pouvoir, aveuglés par leur idéologie », en bref, malfaisants. Ce qu’il dit porte sur des personnes, telles qu’il les voit et entend les présenter, non sur la situation elle-même qui le met en relation avec ces interlocuteurs « malfaisants ». Lui-même se juge à la fois rationnel et dans son « bon droit ».
Disant cela, il ne ment pas, ou alors, il se ment à lui-même. L’auditeur, lui, va se saisir de ce signifiant, afin d’y trouver une autre vérité, ou une autre forme de vérité. Il entendra que son client ne s’entend pas du tout avec ses interlocuteurs obligés et qu’il attend de l’auditeur qu’il lui dise comment mettre fin aux actions « malfaisantes » auxquelles il est malheureusement confronté et dans la genèse desquels, à l’entendre, il n’est pour rien.
Si l’auditeur, comme il le doit, va ensuite trouver ces interlocuteurs « malfaisants » afin de les interroger à leur tour sur leur propre perception, ils lui tiendront un discours symétrique : « ils ne comprennent rien, leur comportement est inadmissible, ils nous conduisent à la perte ». Chacun exprime ainsi « sa » vérité, et l’auditeur va devoir se tenir au-delà, à un autre niveau de réalité. Il s’agit pour lui d’essayer de comprendre, comment on en est arrivé là et ce qui, dans la situation qui réunit les uns et les autres, génère les appréciations contradictoires de ses différents interlocuteurs.
Certes, ils se mentent probablement eux-mêmes, mais ils mentent également à l’auditeur en ne lui disant pas tout et en espérant entraîner son approbation et sa désapprobation concernant le comportement de l’autre partie en présence. L’auditeur doit donc l’entendre, et entendre ce qui est signifiant dans ce qui n’est pas dit. Chacun dit vrai à sa façon et, en même temps, ment et se ment. C’est cet enchevêtrement, qui s’est constitué dans le temps, qu’il va devoir tenter de démonter.
Premières conclusions importantes :
1- L’auditeur ne doit pas entrer dans le jeu propre à chacun de ses différents interlocuteurs, mais adopter une attitude de neutralité bienveillante ; il prend note de ce qu’ils lui disent, chacun de son côté, comme autant d’éléments de la situation, « relativement vrais » mais non dans l’absolu, la vérité absolue étant bien entendu inatteignable, y compris par l’auditeur ;
2 - ces confidences seront d’autant plus profondes que l’interlocuteur se sentira davantage en confiance avec l’auditeur, ce qui suppose qu’il sache que la confidentialité sera respectée et qu’il en soit convaincu ; ce qu’il dit relève en effet du secret, ce secret portant sur la situation telle que la voit celui qui s’exprime, mais aussi, implicitement, sur lui-même, sur ce qui ne peut être dit publiquement ; ce souci de confidentialité exclut toute forme d’expression en groupe, dans lequel cas chacun s’efforce en effet de se dissimuler derrière le rôle qu’il suppose être attendu de lui.
Le psychanalyste admettra probablement que l’auditeur fait l’objet d’un transfert, ce qui oblige celui-ci, n’étant pas psychanalyste, à se montrer extrêmement prudent. Son intervention, fondée sur son désir de réussir sa mission, va en effet conduire à une modification de l’image que chacun de ses interlocuteurs se fait de la situation et du rôle qu’il y joue ou qu’il peut y jouer. La mission se terminera avec un rapport, qui ne prétend certainement pas tout dire, mais qui représente une sorte de « point de situation » d’une granulométrie proportionnelle au temps de l’analyse. L’auditeur ne saurait avoir la prétention de tout comprendre et de tout dire. Il pose un acte et c’est à ses interlocuteurs de s’en saisir afin d’aller plus loin, ce que, selon les cas, ils feront ou ne feront pas.
De là plusieurs autres conclusions :
1 – L’auditeur fait l’objet d’un transfert, venant de ses différents interlocuteurs ; sa posture est celle de l’analyste et il doit en respecter la déontologie en vue d’être véritablement efficace ; cette efficacité est fondée sur sa pratique, aidée, mais seulement ex post, de considérations théoriques.
2 – Il ne peut jamais prétendre avoir « tout compris ». Son rôle est d’aider ses différents interlocuteurs à mieux comprendre par eux-mêmes et, si possible, à agir ensuite en conséquence. Cela ne va pas de soi, et s’ils ne tirent aucune conséquence de ce travail, la responsabilité de l’auditeur n’est pas en cause. Il ne peut se tenir ou être tenu pour responsable du comportement personnel de chacun de ses interlocuteurs.
3 – Les conclusions que tire l’auditeur de ses auditions gagnent à être partagées avec un autre auditeur, qui n’aura peut-être pas « entendu la même chose ». Ces entretiens à deux ne doivent pas être considérés comme des entretiens en groupe et conserver leur caractère confidentiel.
4 – Les entretiens en groupe doivent être évités dans la mesure où ils donnent lieu, soit à un consensus artificiel (généralement obtenu grâce des points de vue qui a pour effet de faire retomber les participants dans leur attitude initiale. La mise en commun souhaitable en fin de mission doit donc être faite sur la base de ce que dit l’auditeur, et ceci en toute indépendance par rapport aux uns et par rapport aux autres.

1er septembre 2026
Géopolitique : quelques sources d’information
Les questions clivantes suscitent, dans l’espace médiatique, une multitude d’informations incontrôlées, allant d’une rumeur ou d’une simple fake new au résultat de campagnes de désinformation coordonnées invitant chacun à adopter le narratif imposé, notamment dans le domaine géopolitique, par une autorité généralement étatique. Cette désinformation, qui va au-delà de la simple propagande, aboutit à ceci que quiconque n’adhère pas au narratif suggéré est tenu pour un « opposant », voire un « ennemi ». Il ne s’agit plus de discuter avec lui mais de le faire taire.
Quiconque ne se contente pas de penser comme tout le monde peut ressentir un sentiment de solitude au point de se demander s’il n’est pas dans l’erreur. Il importe pour lui de s’informer d’une façon indépendante et aussi fiable que possible, à la fois sur les faits eux-mêmes et sur l’interprétation qu’il est possible de leur donner (ce qui est différent). Il s’apercevra alors que non seulement, il ne fait pas fausse route en rejetant le narratif officiel, mais qu’il n’est pas le seul à se comporter en ce sens.
A chacun de se constituer son système d’information sur les sujets qui l’intéresse. Concernant la géopolitique, à laquelle, dans une journée normale, je consacre à peu près une heure et demie à essayer de comprendre les développements de la situation politique, diplomatique et militaire au niveau international, je consulte, selon les cas, les différentes sources suivantes. Cette liste est bien entendu incomplète, et il y a quelques autres sources, que je consulte plus rarement. En tout cas, telle que je vous la propose, peut-être pourra-t-elle vous être utile. On en remarquera la diversité.
Chaînes d’information alternatives :
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- Information quotidienne sur la situation militaire en Ukraine
La meilleure chaîne (en langue anglaise), à la fois prudente et informée d’après une diversité de sources pro-ukrainienne, pro-russes et neutres, est probablement la suivante :
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military summary
Cette chaîne permet de suivre quotidiennement les avancées sur le terrain à quelques mètres près ainsi que les effets des attaques par drones et missiles de part et d’autre. A consulter également une chaîne française, plus centrée sur les pertes de matériel de part et d’autre :
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Les conflits en cartes
2 - Présentation et commentaires de l’actualité
Il s’agit là de chaînes présentant régulièrement un choix de faits d’actualité, assortis de commentaires conformes à une leurs orientations respectives :
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Omerta (magazine français)
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TVL (France)
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TV 24 (chaîne africaine liée à RT)
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Russia Today (chaîne russe qui ne peut être captée en France que par le canal d’un VPN)
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Radio J (chaîne juive française)
On notera que plusieurs de ces chaînes, domiciliées en France, ont vu leur compte bancaire fermé sans explication au cours de ces derniers mois et que Russia Today, même avec un VPN basé hors de l’Union européenne, n’est pas accessible à partir du navigateur Google Chrome (mais qu’il l’est à partir de Safari). Le problème de l’information consiste alors à échapper à la censure.
Chaînes YouTube personnelles
Il s’agit là de chaînes la plupart du temps créées à l’initiative d’une personnalité (généralement un professeur d’université jouant le rôle d’animateur et invitant régulièrement des personnalités de différentes tendances en vue de commenter et de discuter de l’actualité ; certaines d’entre elles sont diffusées à la fois en français et en anglais :
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Glenn Diesen (anglais ou français)
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Neutrality studies (Pascal Lottaz (anglais ou français)
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Paix et Guerre (Caroline Galactaros, en français)
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The Duran (Alexander Mercouris, anglais ou français)
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Danny Haïphong (anglais ou français)
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Dialogue franco-russe (diffusée par l’association éponyme en français).
Principaux experts internationaux
II s’agit de commentateurs de réputation internationale : professeurs d’université, anciens militaires, anciens diplomates. Certains ont fondé un cabinet de political intelligence et disposent de leur propre chaîne YouTube. On citera dans le désordre :
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Pr. Glenn Diesen (Norvège)
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Col. Jacques Baud (ancien officer du frenseignent stratégique suisse, Suisse)
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Eric Dénécé (+), pour mémoire, ancien officier du renseignement français, « suicidé » en 2025
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Caroline Galactaros (ancien officer de la réserve civile, géopoliticienne, France)
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Pr. Jeffrey Sachs (Université Columbia)
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Xavier Moreau (France/Russie)
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Pr. Pascal Lottaz (Suisse/Japon, Université Waseda)
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Pr. Jacques Sapir (France)
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Stalislas Krapivnik (Russie, ancien militaire étatsunien)
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Larry Johnson (ancien analyste de la CIA)
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Scott Ritter (ancien militaire américain)
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Col. Douglas Macgregor (Etats-Unis)
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Pr. Sayed Marandi (Iran, ancien négociateur sur les questions nucléaires)
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Amb. Chas Freeman (Etats-Unis, ancien secrétaire d’État adjoint aux affaires étrangères)
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Emmanuel Todd (écrivain, France)
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Alain Juillet (France, ancien directeur du renseignement à la DGSE)
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Pr. John Mearsheimer (Etats Unis, université de Chicago)
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George Beebe (Etats Unis, ancien directeur à la CIA en charge de la Russie)
Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Elle correspond aux sources d’information que je considère personnellement comme fiables, nonobstant le point de vue particulier à certains d’entre eux. Bien entendu, ne suivant pas le narratif imposé par les médias français, ils sont pour la plupart considérés par ceux-ci comme « pro-russes » (notamment par Wikipedia, dont la neutralité se trouve ainsi infirmée), Cet engagement partisan est effectivement le cas de Stanislas Krapivnik et de Xavier Moreau (ceci n’en faisant pas pour autant une source d’information à rejeter, compte tenu des faits qu’ils rapportent et du point de vue qu’ils expriment).
La construction d’une information fiable implique ainsi le recours à une diversité de sources et à un croisement systématique entre les unes et les autres. A cela s’ajoute qu’aucune synthèse ne peut être tenue pour certainement vraie, que la compréhension des grandes tendances peut évoluer et que la liste des sources consultées peut elle aussi se modifier en fonction des circonstances. C’est pourquoi celle-ci devra régulièrement être mise à jour.
tre propre texte et me modifier. C'est facile.
6 septembre 2026
Pourquoi Dieu porte-t-il la barbe ?
Il ne s’agit pas d’une question incongrue et j’en ai fait le titre de l’un des chapitres importants de mon prochain livre. Or donc, l’élément féminin se trouve pratiquement exclu de la représentation que le Christianisme se fait de la Déité. La femme est donc invitée à se mettre au fond de l’église et à se taire. Le prêtre ne saurait être une femme. Le monde dans lequel nous vivons a été façonné par les hommes. D’où la révolte des féministes.
Ce que j’ai découvert tout récemment, c’est que le rôle des femmes fut une question débattue dans les communautés du christianisme primitif. Mais, d’une façon très caractéristique, ce débat a été totalement et probablement sciemment occulté. Ce n’est que très récemment que sa réalité est apparue, dans le fond d’une jarre enterrée dans e sable à Nag-Hammadi, en Haute-Égypte, qui fut découverte par hasard par un paysan qui labourait son champ et qui contenait un grand nombre de papyrus oubliés des deux premiers siècles de Christianisme. Pourquoi avaient-ils été enterrés ? Très probablement afin d’empêcher leur destruction par ceux qui étaient devenus les chefs des communautés chrétiennes, désormais détenteurs du pouvoir, et qui étaient pressés d’en finir avec tous ceux qui contestaient leur orientation et leurs directives.
Et l’on comprend qu’ils fussent inquiets. Ce que disent, notamment, l’Évangile de Marie et l’Évangile de Philippe, est tout simplement renversant par rapport, notamment, à ce que nous disent le narratif et le dogme proclamé par l’Église de Rome. Je laisserai de côté l’aspect philosophique et théologique de l’affaire, auquel s’est attelé Jean-Yves Leloup, qui, après d’autres, a assuré leur traduction et leur commentaire. Signalons au passage que Jean-Yves Leloup est prêtre de l’Église orthodoxe et membre du CIRET.
Et donc, que disent ces textes, qui vienne ainsi bousculer nos représentations ? Et d’abord que Yeshoua de Nazareth, étant un homme complet, eut une compagne, et que celle-ci s’appelait Myriam de Magdala. La présence de celle-ci auprès du maître n’était pas du goût des disciples, surtout quand elle s’exprimait sur ce que celui-ci lui avait dit :
André prit la parole et s’adressa à ses frères :
Dites, que pensez-vous de ce qu’elle vint de raconter ?
Pour ma part je ne crois pas
que l’Enseigneur ait parlé ainsi (…). »
Pierre ajouta :
« Est-il possible que l’Enseigneur se soit entretenu ainsi avec une femme sur des secrets que nous, nous ignorons ?
Devons-nous changer nos habitudes ; écouter tous cette femme ?
L’a-t-il vraiment choisie et préférée à nous ?»
Voilà pour l’accueil. Double scandale : que Yeshoua ait eu une vie sexuelle normale et que la femme puisse avoir quelque chose à dire, de spécifiquement féminin par rapport à ce qu’en dit l’homme. Mais d’abord, est-il vrai que Myriam était la compagne de Yeshoua ? Philippe, dans son évangile, nous le dit :
Myriam de Magdala, qui est connue comme sa compagne » (32)
La compagne du Fils est Myriam de Magdala
L’Enseigneur aimait Myriam plus que tous les disciples
Il l’embrassait souvent sur la bouche… ». (55)
Les citations pourraient être multipliées. On comprend que Pierre, qui, bien que marié, n’aimait pas les femmes, au point d’avoir mutilé sa propre fille, Pétronille, qu’il jugeait trop courtisée (ce qui fit qu’elle mourut « vierge et martyre »), se soit scandalisé, au point de s’attirer cette réplique de Lévi :
« Pierre, tu as toujours été un emporté ;
Je te vois maintenant t’acharner contre la femme,
Comme le font nos adversaires.
Pourtant, si l’Enseigneur l’a rendue digne,
Qui es-tu pour la rejeter ?
Assurément, l’Enseigneur la connaît très bien…
Il l’aimée plus que nous… ». (Ev. De Marie, page 18)
Voici donc, le débat qui agitait les premiers disciples de Yeshoua. Les enjeux théologiques et philosophiques en sont immenses et l’on sait quel en a été l’issue, telle qu’elle a été transformée en évidence. Mais ce n’est pas tout. Voici ce que dit Philippe de Marie, la mère de Yeshoua :
Certains disent que Marie a été féconde par la grâce de l’Esprit saint,
Ils ne savent pas ce qu’ils disent.
Comment le féminin féconderait-il le féminin ?
Marie est le silence vierge qu’aucune puissance mauvaise ne souille et ne distrait,
Elle demeure silence immaculé… » (Logion 17)
Beaucoup d’autres propos pourraient être signalées, qui bouleversent les dogmes qui nous ont été transmis par les successeurs de Pierre. Citons seulement celui-ci :
N’imposez aucune règle,
Hormis celle dont je fus le Témoin. (Ev. de Marie, page 9)
Un conseil qui semble ne pas avoir été vraiment suivi...


Vendredi 11 septembre
Au-delà de la grille des champs
Que pouvait-il y avoir dans la tête du sénateur romain qui, en août 410 de notre ère, voit Alaric et ses Goths faire leur entrée dans la ville éternelle ? Certes, il voyait bien les difficultés auxquelles était soumis l’Empire d’Occident. Supposons qu’il ait compris que le déclin était irrémédiable et que l’Empire laisserait place à autre chose. D’abord, non seulement il n’aurait pas été cru, mais il aurait été vite ostracisé comme un défaitiste, voire comme un traître. Personne de raisonnable ne pouvait imaginer la chute de l’Empire, au moins parmi les gens réputés bien éduqués et bien informés. D’autres, qui l’étaient moins, n’avaient bien entendu rien vu venir et rien pressenti du changement, sinon que le collecteur d’impôts (« toujours plus lourds ») avait cessé de passer et que l’insécurité s’accroissait dans les campagnes.
Pourtant, ce sénateur, il aurait peut-être essayé d’imaginer la suite. Il aurait, Alaric s’en étant retourné après avoir laissé la Ville en cendres, fait des propositions d’action en vue d’améliorer le fonctionnement de l’Empire et, comme l’on dit, de « redresser la barre ». Par exemple : procéder à un réarmement massif contre les menaces venues des forêts germaniques ; inciter les paysans à travailler davantage et renforcer la productivité, alors en diminution dans les campagnes ; réduire les coûts de fonctionnement de la maison impériale ; établir un impôt sur la terre, en faisant attention cependant de ne pas s’aliéner les propriétaires de latifundia ; et bien entendu, provoquer un sursaut moral, et même spirituel, en rendant obligatoire – pourquoi pas ? – la fréquentation des temples. L’objectif aurait donc été, par des mesures idoines, de maintenir l’essentiel, à savoir l’existence de l’Empire.
Il ne pouvait pas, ce sénateur, imaginer autre chose que ce qui allait de soi. La chute de l’Empire était tout simplement inconcevable. Et donc, ses propositions s’inscrivaient dans le cadre ainsi tracé. Il ne pouvait anticiper la fragmentation de l’espace politique en une multitude de seigneuries, baronnies, principautés et royaumes en perpétuelles disputes, non plus que la disparition de la joyeuse diversité du panthéon romain au profit d’une structure centralisée se référant à un dieu unique - tout autre culte étant désormais sévèrement interdit. Son raisonnement, autrement dit, ne pouvait s’inscrire que dans la continuité, faute de pouvoir concevoir autre chose.
Il me semble que nous en sommes là aujourd’hui et que nos expédients tels que l’idée de « développement durable » ou de « sources d’énergie renouvelable » ne sont que la manifestation de notre incapacité à changer quoi que ce soit à notre monde techno-industriel, tel qu’il est fondé – ou mal fondé. On bricole en espérant que ça tiendra au moins quelque temps – le temps de passer la main. Mais on ne saurait modifier ni les intérêts en jeu, ni les habitudes de penser, ni les croyances héritées. Au mieux soulignera-t-on la nécessité d’un renouveau moral et spirituel invitant à se détacher de la pression individualiste et matérialiste.
Cependant, ce sursaut spirituel, justifié, et respectable, peine à se projeter dans un avenir qui pourrait être aussi différent que le haut Moyen-Âge le fut par rapport à l’Empire romain. Il part de l’existant pour imaginer un monde moins matérialiste, moins pervers, plus juste, plus solidaire, plus ouvert à la diversité. Il puise dans les savoirs traditionnels pour contrebalancer l’hubris moderniste occidental. Mais il se situe avant la catastrophe qui pointe à l’horizon, mettant en jeu à l’existence à la fois de l’humanité en chacun d’entre nous et de l’Humanité en tant qu’espèce vivante sur une même planète que d’autres formes vivantes.
La sagesse ne vit pas dans l’existant, dans le là-maintenant, fût-il un peu étendu. Elle regarde plus loin. Elle ne prédit rien. L’avenir est ouvert et non pensable. Le sage est celui, a dit je ne sais plus quel penseur grec, qui voit les choses qui viennent ; c’est celui qui parvient à saisir, au milieu de ce qui menace ruine, les prémices de ce que pourrait être un avenir aujourd’hui impensable, souhaitable ou non souhaitable, qui sait distinguer ce qui est annonce d’autre chose par opposition à ce qui est irréparable, qui sait, selon une démarche apophatique, chercher son chemin par élimination de ce qui n’est tout simplement pas possible, qui sait, en un mot, se situer à un autre niveau de réalité, qui peut-être ne peut être dit.
Voilà le niveau auquel je souhaiterais me situer en créant un espace où pourraient venir s’exprimer des témoins de cet autre chose qui pointe à l’horizon. Je voudrais inviter le vieux Janet sur son lit de mort, qui obstinément se tait et qui pourtant sait pourquoi la source s’est tarie et ce qu’apportent les gros nuages à l’horizon, cependant que les paysans des Bastides Blanches s’affairent à leurs occupations de tous les jours. Personne ne l’écoutait, le vieux Janet, et pourtant tous voudraient le faire parler maintenant que le feu gagne la colline et que l’on ne sait plus que faire. Jean Giono a dit ainsi l’essentiel et rien d’étonnant à ce qu’il ait beaucoup partagé, sur la fin de sa vie, avec Martin Heidegger, cet autre grand visionnaire…
Voilà donc mon rêve. Comme je l’ai déjà écrit, je connais parfaitement le jardin enclos de ses murs percés de trois grilles. J’y connais l’épicéa où l’on peut grimper jusqu’à une hauteur inouïe ; je connais le vieux tilleul où aménager une cabane entre les têtes de chat ; je connais le carré de topinambours où me cacher lorsque l’on me cherche ; je connais la cabane du jardinier, emplie d’outils étranges ; je sais les noisetiers qu’il faut secouer au printemps pour que tombent les hannetons, si plaisants, à l’école, à faire voler dans la classe quand le prof a le dos tourné. Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il y a par-delà les murs, au-delà des grilles. Non pas le portail qui ouvre sur l’arrière de l’église. Celui-là, je ne le connais que trop. C’est également celui que l’on franchit pour aller à l’école. Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il y a au-delà la grille qui ouvre sur les champs, toute rouillée et encombrée de ronces, d’orties et de bois mort.
Quelqu’un peut-il m’aider à la franchir et à m’aventurer au-delà ? Nous serions ainsi plusieurs à explorer ensemble ce qui se tient au-delà de ce qui nous entoure.

The End of the Roman Empire: A Lesson for Our Time
(EXTRA Newsletter, World Academy of Arts and Sciences, septembre 2026)
Summary:
The fall of the Western Roman Empire can help us understand the crisis of our own time. Like the Romans, who were unable to imagine a world other than the Empire, we struggle to conceive of a future beyond techno-industrial civilization. Today’s crises form a system of “polyrisks”: on the one hand, the decline of Western domination over the rest of the world; on the other, the deeper crisis of a model based on technological progress, economic growth and material consumption. Yet this model may appear incompatible with the preservation of an environment that remains livable for the human species. The future therefore remains unthinkable, because imagining it would require a deep upheaval in our criteria of judgment. Faced with this paradoxical injunction, the author proposes two paths: to place trust in personal responsibility rather than in institutions, and to give priority to care for people, communities, Humanity, living beings and the planet itselve.
In 410 p.c., when Alaric’s Visigoths entered Rome, the Western Empire had long been in the process of collapsing. That is how we see things today. But it was not how contemporaries saw this from day to day. In their eyes, nothing could be imagined outside the Empire. The difficulties that were accumulating were therefore interpreted as some problems to be overcome, independently of one another. Their systemic nature became apparent only after the fall.
These difficulties have been the subject of numerous analyses: the impossibility of financing the Empire through new conquests, the excessive cost of maintaining the military apparatus, the declining productivity in the countryside, a tendency toward political fragmentation away from the center of power, a property regime that discouraged small farmers and concentrated land in more or less self-sufficient latifundia, and a reduction in opportunities for success for the greatest number of peeople. All of this formed a system, but the Roman senator could see in it only as epiphenomena.
After a long period of turbulence, the Western Empire nevertheless gave way to something else: the Early Middle Ages. Such an upheaval would have been unimaginable, a few centuries earlier, from the Roman Capitol. The Empire was then highly centralized politically, while religions developed within it in a very liberal manner; each people contributed to the common Pantheon, provided that the Emperor himself was venerated like a god. Henceforth, it would be now the opposite. Political power was fragmented among a multitude of baronies, lordships, principalities and kingdoms, all maintaining turbulent relations with one another. Religion, by contrast, became highly centralized, at least in Western Europe, around a strict dogma under the hierarchical authority of the Bishop of Rome. It was a religion that proclaimed itself universal, to the exclusion of all other forms of devotion.
The end of the Western Roman Empire constitutes a precedent—there are others, less well documented—that should prompt us to examine the age through which we are living. And it is reasonable to claim that comparable elements of analysis can be found in it. Difficulties are piling up, and they tend to form a system. We may therefore speak of “polyrisks.” Yet it is difficult for us, if not impossible, to imagine a world whose form and principles would lie beyond what seems self-evident to us in the techno-industrial world in which we are immersed. We tend to think of the future as an extension of what already exists today, with a few marginal adjustments, whether in ways of life or in dominant beliefs.
Of course, history does not repeat itself. Today the world extends across the entire planet, whereas the Roman Empire was limited to the Mediterranean basin, beyond which lived the “barbarians,” strange and threatening. Above all, the current mega-crisis breaks down into two crises which, while linked, must nevertheless be distinguished.
The first of these two crises is the one of the Western world, as it imagines itself and as it has imposed itself on the entire planet for five centuries. Its ability to impose itself on other worlds, sometimes far older, was based on the certainty that it represented “Civilization” in the face of archaism and “Truth” in the face of error, but also on its technological superiority, and therefore on its military superiority. This technological and military superiority—and consequently its economic and financial superiority—is now being challenged. Many countries no longer wish to be subject to what some call Western “imperialism” or domination.
Many violent turbulences in international politics can be read as episodes in this loss of power by the former Western empires. On one side are the states that deny this loss of power; on the other, those whose resistance expresses their will to escape it and their ability to do so. The preservation of the balance the world inherited at the end of the Second World War, the spread of chaos, the emergence of egalitarian multilateralism or of new forms of domination—no one can say with certainty what the future will be made of, even over the next decade.
This geopolitical crisis, however, must not be confused with the crisis of the techno-industrial civilization that emerged from Western domination of the world. This civilization is based on a way of life, but above all on a system of beliefs that seem self-evident yet are in fact specific to it. This belief system is notably founded on the principle of linear time, guided by the “arrow of progress,” this progress being understood in terms of technology and scientific knowledge, the latter serving as the foundation for a material prosperity governed by “economic science.” The problem is that the practices that follow from this—whether in modes of extraction and production or in the corresponding way of life and consumption—are strictly incompatible with maintaining an earthly environment that remains livable for the human species. Techno-industrial civilization can therefore only give way to something else, whether for better or for worse.
The question that then arises is this: what will the powers of tomorrow do once they have freed themselves from Western influence? And first of all, will human communities be politically organized as they are today? We must acknowledge that this is an unthought matter, indeed something unthinkable. And so each of us faces the question of what we can rely on in order to help ensure that this unthinkable future is not the worst of all worlds.
In response, one may propose a twofold orientation: first, to trust persons and the personal responsibility of each human subject, but not institutions, which are rooted in the continuation of their past and in the defense of short-term interests. Second, in relation to every enterprise of extraction, production and consumption, to give systematic priority to care—care for the person, for human communities, whatever they may be, for humanity as a whole, for living beings and for the planet itself. Beyond that, as Wittgenstein wrote, “What cannot be said must be passed over in silence.”
Dr. Pr. Hubert Landier

22 septembre 2026
Demain : faire confiance aux personnes, surtout pas aux institutions
Plus les désordres climatiques sont là, plus on parle et plus on parle d’agir. Et plus on dit qu’on va agir, plus ça ne marche pas. Alors on agit plus fort (ou tout au moins, on le prétend) avec encore moins de résultats, sinon ceux que l’on n’attendait pas. Nous nous trouvons par conséquent dans la situation de Shadocks, qui pompaient toujours plus avec toujours avec moins de succès mais en tout cas toujours dans la même direction.
Ceci n’a rien d‘étonnant. Ceux qui parlent, ce sont les représentants d’institutions, quelles qu’elles soient : pouvoirs publics, institutions internationales, entreprises, grandes ONG. Et ce dont elles parlent, c’est de l’action que pourraient mener les institutions, y compris en conseillant aux individus de façon telle qu’elles le préconisent ou en les y obligeant. L’on voit donc fleurir les intentions, les incitations, les projets - du tri sélectif à la taxe carbone.
Et pourtant, ça ne marche pas.
Selon moi, ce n’est pas étonnant.
1 - Les institutions, quelles qu’elles soient, cherchent d’abord à persévérer dans leur être, qui n’a quelquefois plus grand chose à voir avec leur objet initial, qui fut formulé dans des conditions différentes, et elles abritent des intérêts cachés, à commencer par la raison sociale et l’intérêt bien compris des personnages qui les font fonctionner, à commencer par leur sommet.
2 - Elles sont fondées sur le contexte qui était celui de l’époque de leur création, non sur l’anticipation de l’avenir, que nous ne pouvons pas connaître et qui échappe par conséquent à leurs dirigeants, quelle que soit parfois leur volonté de bien faire.
3 - Elles n’existeront plus dans le monde qui viendra après celui qui aujourd’hui est en train de s’effondrer. Faire confiance aux institutions fait penser ainsi à l’attitude du sénateur romain qui, au 4ème siècle, propose au sénat une étude prospective en vue de cartographier ce que sera l’Empire dans un siècle. Le monde de demain, s’il est différent de celui d’aujourd’hui, sera organisé autour d’institutions qui, elles aussi, seront différentes.
Il me semble donc inutile, et même dangereux, de faire confiance aux institutions, c’est-à-dire de leur déléguer notre responsabilité personnelle, là où nous sommes, et en coordination avec notre entourage immédiat. Le changement, disait à peu près Michel Crozier, de s’impose pas par décret. Cessons de regarder en haut et allons revisser le robinet qui goutte.

1er octobre 2026
« Habiter la situation »
L’IA et la décision
Le livre à paraître (on l’espère), présenté sous ce titre par Carlos Eduardo Bustos Hernandez, professeur à l’Université nationale du Mexique et membre du CIRET, est une petite merveille de logique. Précisons quel en est le sous-titre : « Ce que l’intelligence artificielle peut traiter, et ce que l’être humain doit encore apprendre à tenir ».
Premier chapitre : « la situation vient avant le problème ». « Pour qu’il y ait problème, dit-il, il faut quelque chose qui nous atteint » et ce qui nous atteint, c’est la situation à laquelle nous devons faire face. Et alors, mais alors seulement, nous allons formuler le problème en découpant la situation et en n’en retenant que certains aspects. « Un problème est ce qui reste d’une situation quand quelqu’un l’a découpée suffisamment pour pouvoir travailler avec ». Oui, mais il y a eu appauvrissement. Or, la machine ne peut que traiter le problème – la situation lui échappe. Et elle ne sait pas ce qu’elle laisse en dehors de ce qu’elle va traiter.
La machine, donc, reçoit ce qui est déjà une représentation car le découpage aurait pu être autre et autre ce qu’il a laissé dehors. Le choix de ce découpage, qui ne dépend pas d’elle, a été effectué afin qu’il en résulte quelque chose de calculable. Reste à savoir dans quel but. Cela aussi échappe à la machine. Ce n’est pas elle qui en a la responsabilité. Elle (la machine) se contente de détecter des différences calculables, ou des anomalies, à partir du patron (ou du cadre) qui lui a été fourni.
Retour sur la situation. « La disponibilité, écrit l’auteur, précède l’écoute ». Pour écouter, il faut tendre l’oreille, et si l’on tend l’oreille, c’est parce que cela semble importer, et donc on y est attentif. Mais ce n’est pas la machine qui peut indiquer ce qui, dans une situation, importe à celui qui la manipule. Elle ne peut que tirer une conclusion, à partir des data qui lui ont été fournies, sans pouvoir, à partir de cette conclusion, revenir vers la situation pour procéder à un redécoupage qui serait plus pertinent et modifier en conséquence les data dont elle se sert. Autrement dit, elle n’habite pas la situation ; d’où cet axiome : « l’intelligence artificielle élargit les possibilités de détecter et de formaliser ; la personne et l’institution conservent la responsabilité de contextualiser, de décider et de répondre des effets ». le mot est lâché : la machine ne décide pas ; elle exécute un programme ; c’est l’humain qui lui a fixé sa tâche qui est responsable des effets produits. Et c’est lui qui est supposé avoir décidé. S’il s’en abstient, s’il se cache derrière la machine (« ce n’est pas moi, c’est elle »), il n’en est pas moins responsable.
Comment peut-il exercer cette responsabilité ? En revenant vers la situation elle-même, ce qui suppose qu’il soit disponible afin de se mettre à l’écoute du réel. Il lui faut, pour cela, conserver une ouverture sur ce réel et en être affecté avant de le réduire au problème sur lequel il débouche. Cela suppose une capacité à « différer la fermeture », que ce soit par hâte, par un excès de compétence ou sous l’emprise d’une menace, c’est-à-dire d’un enjeu immédiat. Cela vaut pour une personne comme pour une institution. Il est permis d’affirmer ici qu’il s’agit de conserver son esprit critique.
La machine, ainsi, n’est pas capable de jugement, c’est-à-dire d’une capacité de discerner ce qui manque dans les données du problème, tel qu’il a été formulé. Elle ignore ses limites. Elle émet un résultat, mais ce résultat se fonde sur l’énoncé du problème qui lui a été soumis, non sur la situation à laquelle il s’agit pour l’humain de trouver une issue. Elle ignore les hypothèses sur lesquelles elle effectue ses tris et ce qui n’y figure pas. Ce n’est pas une décision.
La décision, elle, devra se fonder non seulement sur les résultats émis par la machine, mais également sur ce que l’humain qui décide sait ne pas savoir et qui ne peut figurer parmi les data. Il y, dans la décision, à la fois un pari et la nécessité de faire face à un dilemme compte tenu de différentes considérations liées à la situation et qui échappent à la formulation du problème. La décision plonge dans l’inconnu.
Arjuna est sur son char, nous dit la Bhagavad-Gita, que cite Carlos Eduardo Bustos Hernandez, et il a bandé son arc. Dans l’armée ennemie, il a reconnu ses cousins, les gens qu’il aime. Mais s’il ne tire pas, son clan aura perdu et il n’aura pas défendu la juste cause qui fonde son autorité. Près d’Ajurna se tient l’aurige. L’aurige, en lequel se manifeste le dieu Krishna, ne lui dit pas que faire ; il se contente de lui décrire les différents aspects de la situation. Mais c’est à Arjuna de décider. Ajurna ne doit pas se cacher derrière l’aurige, et l’aurige, dans sa sagesse, le laisse décider. L’humain ne doit pas se cacher derrière les résultats qui lui ont été fournis par la machine à partir d’un problème exprimé en termes réducteurs par rapport à la situation elle-même.

3 septembre 2026
Éveil nocturne
Quand le moi s’éteint
Après s’être approché de l’Être
Il est déjà ressuscité
Il est déjà entré dans une vie éternelle
Hors du temps
Avant et après
Il est.
oOo
De l’Être
Vous avez fait
Un dieu de pacotille.
oOo
Laisser surgir
L’Être
En soi.
oOo
Nulle croyance en cela
Les mots passent - l’Être est là
Les mots sont divers - l’Être est unique.
oOo
Cette rose là devant moi
est la rose que je suis.
oOo
L'Inconnu me regarde
Je suis cet inconnu.
oOo

